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Le symbole de l’arbre dans la Qabale
Extrait du livre de Marc-Alain Ouaknin : "Les Mystères de la Kabbale" (Editions Assouline)


Rabbi Nahman dit : « Pourquoi les paroles de la Tora sont-ellescomparées à l’arbre (Proverbes 3,18) ? De même qu’un arbuste peut enflammer un grand arbre, de même les étudiants débutants peuvent aiguiser les grands maîtres. » Talmud Taanit (7a)

"L’homme est un arbre des champs". Deutéronome (20,19)

Le schéma fondamental de la qabale utilise aussi des métaphores qui reviennent souvent, devenant ainsi des images privilégiées. C’est le cas de l’échelle de Jacob mais aussi, peut-être de manière encore plus essentielle, de l’arbre.


Le « grand arbre »

Les puissances divines croissent au sein de la création à l’image d’un arbre abreuvé par l’eau de la sagesse absolue. L’arbre séfirotique au sein duquel Dieu a implanté ses forces est aussi l’arbre des mondes et, dans un certain sens, l’arbre de la vraie vie. La racine en est située dans les sefirot suprêmes, le tronc englobe la partie médiane et les forces compensatrices ; les rameaux ou bras qui s’en écartent enserrent les possibilités extrêmes de l’activité divine.

Tous ces éléments pris en bloc soulignent le principal aspect sous lequel la structure de cette forme apparaît dans la qabale : la croissance de haut en bas. La lumière primordiale, qui se manifeste et offre un visage, prend ainsi la forme d’un arbre de lumière, ilana ravreva ou « grand arbre ».

Les dix sefirot constituent l’arbre mystique de D. ou l’arbre de la puissance divine. Chacune d’elles représente une branche dont la racine commune se situe dans l’en sof, l’infini de la lumière primordiale, inconnue et inconnaissable. Mais l’en sof n’est pas seulement la racine cachée de toutes les racines, il est aussi la sève de l’arbre ; chaque branche représentant un attribut existe non par elle-même mais en vertu de l’en sof, la source de toute vie. Et cet arbre de D. est l’infrastructure de tout l’univers ; il pousse à travers la création et étend ses branches en toutes ses ramifications. Toutes les choses créées qui se trouvent dans le monde n’existent que pour cette raison : quelque chose de la puissance des sefirot habite et agit en elles.


Le « petit arbre »

Comme son nom l’indique, l’arbre de vie parle du monde vivant et, au cœur du vivant, de l’homme. Dans la qabale, l’homme est appelé le « petit arbre » ou, en araméen, ilana zouta. L’homme est un arbre, énonce le texte biblique : ki haadam èts hasadé. Cela nous enseigne que l’homme est aussi le lieu des dix sefirot par lesquelles la lumière et l’énergie vont devoir nécessairement passer pour que se transmette la vie au cœur de l’homme et , au-delà de lui-même, dans le processus de multiples créations et engendrements.


La bénédiction

La rencontre entre les dix sefirot du « grand arbre » et les dix sefirot du « petit arbre » produit ce que la qabale nomme la « greffe » ou « bénédiction ».
Ëtre béni, c’est avoir réussi à connecter ses dix sefirot intérieures avec les dix sefirot cosmiques, permettant ainsi à l’énergie du vivant de circuler et d’apporter tout ce qui est nécessaire à une harmonie et un équilibre parfaits.*


L’importance de l’arbre dans la qabale

Dans son beau livre La Sagesse de la Qabale, le grand rabbin Alexandre Safran, spécialiste contemporain de la qabale, développe une longue méditation sur l’arbre, dont voici les grandes lignes.

L’arbre est un des symboles les plus importants de la qabale. Il est nommé par certains maîtres l’ « ami de l’homme ». Il symbolise la vie ; il est « arbre de vie ». Il incarne la vie au sens le plus large (englobant les êtres animés et les choses inanimées). Le respect de tout être, de toute chose a pour modèle le respect que nous devons à l’arbre, qui personnifie D. Lui-même, le Créateur et Ses forces créatrices : l’arbre sefirotique. Voilà pourquoi, parmi tous les éléments de cette nature qu’on appelle injustement « inanimée », l’arbre est celui qui intéresse plus particulièrement la Tora, les sages et les qabalistes. Ces derniers se préoccupent de la protection de toute la nature, s’opposant résolument à sa dégradation, à son exploitation insensée, mais c’est l’arbre qu’ils cherchent à protéger avec une force particulière. Et cela non seulement en temps de paix, mais aussi dans des circonstances exceptionnelles telles qu’en crée la guerre.

La Bible elle-même dit clairement :
« Si tu es arrêté longtemps au siège d’une ville, tu ne détruiras pas (lo tachhit) les arbres en portant sur eux la cognée : ce sont eux qui te nourrissent, tu ne les couperas donc pas ; car l’homme est un arbre des champs. » (Deutéronome, 20, 19)


* Voir Rabbi Menahem Nahoum de Tchernobyl, in Meor Enayim al hatora, paracha lèkh-lekha.

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Rachel Cohen
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